Personne mettant des chips dans un sac
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Comment l’intelligence artificielle contre-attaque face à l’explosion des vols dans les commerces

Depuis la généralisation des caisses automatiques, les vols à l’étalage n’ont cessé d’augmenter. Face à ce fléau, les enseignes misent désormais sur l’intelligence artificielle pour reprendre le contrôle de leurs rayons et traquer les voleurs.
Mais est-ce efficace ?

Une hausse des vols continue depuis l’arrivée des caisses automatiques

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2022, les vols en supermarché ont augmenté de 15 %, (source Ministre de l’Intérieur), soit prêt de 42 000 délits recensés et un manque à gagner de 2% du CA (source Perifem). Et la tendance persiste : le vol à l’étalage a progressé de 15 à 25% les années suivantes. Pour 2025 -2026, cette tendance se poursuit avec une hausse estimée à 9% supplémentaire.

Les caisses automatiques portent une part de responsabilité dans cette dérive : la démarque représenterait 5% du chiffre d’affaire de ces zones contre 1% pour les caisses traditionnelles.

Les études sectorielles estiment que les transactions problématiques ou non conformes y sont nettement plus fréquentes (jusqu’à près de 6,7 % des passages) comparativement au passage avec un caissier.

Des caméras qui repèrent les gestes suspects

Pour endiguer le problème, la start-up française Veesion, leader de la vidéosurveillance algorithmique, a développé un logiciel de reconnaissance de gestes couplé aux caméras de vidéosurveillance déjà installées en magasin. L’algorithme analyse les images et détecte en temps réel les mouvements typiques du vol (dissimulation d’un produit dans un vêtement ou un sac, geste furtif près d’une caisse). Le personnel reçoit une courte vidéo sur son smartphone seulement quelques secondes après qu’un comportement suspect est détecté. Ces vols, souvent rapides, n’auraient sans doute pas été repérés sur un écran de contrôle ou un agent de sécurité qui ne peut avoir des yeux partout.

Pour exemple, le gérant de la supérette Franprix Bel Air à Montreuil utilise ce système depuis 2 ans et évalue une réduction de ses pertes de 50% en un an, soit 20 000 euros au lieu de 40 000, grâce à ces 32 caméras.

Ce type de solution reste toutefois surveillé de près par la CNIL, la surveillance comportementale par IA se situant encore dans un flou juridique en France.

Pour sa part, Veesion se défend de toute surveillance excessive : seules les silhouettes des clients, et non leur visage, sont analysées : « ce n’est en aucun cas une technologie qui identifie la personne et qui cherche à la reconnaître. Notre algorithme se concentre sur la compréhension du geste et la distinction de différents gestes, et ne se concentre pas du tout sur l’identification d’individus. C’est un outil d’aide à la décision dans le sens où c’est toujours le commerçant qui décide et qui prend la main » explique Thibault David – cofondateur de Veesion.

Avec 2 000 magasins en France, les résultats annoncés sont significatifs, avec des pertes liées au vol à l’étalage qui diminuent de manière significative : jusqu’à moins 60 % chez certains clients.

Des caddies intelligents qui traquent les produits

Pour lutter contre les vols sans filmer ses clients, l’entreprise belge Colruyt a trouvé une solution : surveiller le chariot plutôt que les bras ou le visage du client. Il faut scanner soi-même ses articles et les déposer dans le caddie « Smart Cart » équipé du système « Easy Check », soit des caméras et des capteurs installés directement dessus.

L’objectif de ce système est d’accompagner le client tout au long de son parcours d’achat et de vérifier automatiquement que chaque produit posé dans le chariot a bien été scanné. En cas d’anomalie, si le client ajoute un produit non scanné comme des bouteilles sous le bac principal par exemple, une notification s’affiche directement sur l’écran du caddie, ce qui dissuade les tentatives de vol tout en fluidifiant le passage en caisse vu que les produits sont déjà enregistrés : soit un temps d’attente en caisse réduit de 20%.

Grâce à cet écran tactile, le client peut de plus contrôler la somme dépensée durant ses courses en direct.
Colruyt équipe également des lignes de caisse d’une caméra capable de reconnaître automatiquement les produits lors du passage. Cette caméra équipée du système « Easy Check Out » reconnaît déjà jusqu’à 85 % des produits sans intervention humaine (exception faite pour les fruits et légumes qui doivent être pesés). Côté interne, les retours sont très positifs : lors d’un premier test, 92 % des employés se sont déclarés prêts à utiliser davantage ce chariot intelligent.

Une course technologique encore en construction

Entre caméras comportementales et chariots connectés, les commerces de détails testent plusieurs approches pour concilier fluidité d’achat et lutte contre le vol. Si les premiers retours chiffrés sont encourageants, ces technologies soulèvent aussi des questions de vie privée qui devront trouver un cadre légal clair pour s’imposer durablement dans les rayons.

En France, la loi permet aux commerces d’expérimenter ces systèmes jusqu’en 2030, à condition de ne pas filmer les visages et de ne pas conserver les images plus d’un an.