Formation professionnelle en 2025 : une vision gouvernementale aux paramètres multiples
Lors de la 19e Université d’Hiver de la Formation Professionnelle (UHFP), Astrid Panosyan-Bouvet, Ministre chargée du Travail et de l’Emploi, a présenté les grandes lignes de la stratégie gouvernementale pour la formation professionnelle en 2025.
Si depuis 2017, deux réformes majeures ont été mises en place, le CPF et un repositionnement de l’apprentissage comme parcours de réussite, d’autres enjeux sont à prendre en compte afin d’adapter les compétences des travailleurs aux besoins d’un marché du travail en constante évolution.

Des enjeux clairs mais un contexte budgétaire compliqué
Si la situation budgétaire est difficile, mais « indispensable pour rendre cette politique soutenable dans la durée » selon la Ministre Astrid Panosyan-Bouvet,
les préoccupations majeures du gouvernement français en matière de formation sont nombreux, et réussir est possible sous trois conditions :
– se positionner sur les métiers dits « en tension »,
– proposer une pédagogie et des offres de formation adaptées,
– avoir une bonne présence locale.
Une meilleure adéquation entre l’offre de formation et les besoins
Mobiliser l’écosystème de la formation professionnelle pour gagner en vélocité: tel est le crédo de la Ministre. « Nous avons fait beaucoup de progrès, mais il reste encore une marche à franchir en matière de meilleure adéquation entre l’offre de formation et le besoin de nos entreprises. Nous avons besoin de faire évoluer les formations plus vite » justifie-t-elle.
Pourtant, son constat reste sans appel : « nous investissons dans les femmes, dans les hommes, dans les collectifs de travail et dans les entreprises, collectivement, mais sans doute pas assez. Nous n’investissons pas assez dans le travail : nous travaillons moins que nos voisins et moins que nos concurrents ».

La formation des jeunes et des séniors en ligne de mire
La Ministre souligne que « chez nos jeunes, l’insertion sur le marché du travail est plus difficile, et chez nos seniors, ce sont des sorties précoces et des difficultés de pouvoir ensuite retrouver un emploi. Le taux d’activité chez nos jeunes et chez nos seniors est trop faible. Nous nous sommes un peu endormis sur la qualité de notre formation initiale et continue et notre niveau de productivité. Pour éviter le décrochage, l’investissement dans la formation professionnelle sera absolument décisif. Des études montrent que les salariés formés augmentent de 23 % leur productivité en moyenne ».
Valoriser la formation
« Dans un pays qui valorise excessivement le diplôme initial, la formation professionnelle n’a pas l’attention qu’elle mérite ! » déplore la Ministre.
Si « la transformation en profondeur » des systèmes de formation professionnelle et d’apprentissage inscrite dans la loi du 5 septembre 2018, a apporté son lot d’évolutions, Astrid Panosyan-Bouvet demande d’accélérer le mouvement et d’accroître l’efficacité du système de formation français, afin de compenser les pertes de productivité, et par conséquent de compétitivité comparé à d’autres pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).
Réformer les dispositifs de formation et de reconversion
La représentante du gouvernement encourage les entreprises et les branches professionnelles à renforcer leur politique d’abondement du compte personnel de formation, en y incluant les seniors, exclus des investissements formation dans les entreprises : « Trop peu de salariés seniors se forment. L’accès à la formation est trop concentré sur les débuts et milieux de carrière. Les entreprises doivent intégrer davantage les salariés âgés de 55 à 64 ans. Le taux de formation sur l’année est de 57% pour les 18-44 ans et tombe à 35% pour les 55-64 ans« .
Selon la Ministre, les dispositifs de reconversion professionnelle sont juridiquement et administrativement « trop complexes » et rebutent salariés et entreprises.
Attractifs de prime abord, Transitions collectives (TransCo) n’aurait permis que 800 reconversions, tandis que Pro-A a profité à moins de 10 000 personnes. Le bilan des projets de transitions professionnelle (PTP) n’est guère plus réjouissant.

Un prisme financier à revoir « La formation professionnelle peut doper l’employabilité des salariés, dès lors que les employeurs la considèrent comme un investissement plutôt d’une dépense », explique Audrey Guidez – DRH de l’information du groupe France Télévisions.
Pour autant, le budget ne semble pas à l’évolution, peut-être à une stagnation : réduction des aides à l’embauche des apprentis, niveaux de prise en charge des contrats d’apprentissage probablement revus à la baisse, repérage des fraudes et du mauvais usage des fonds renforcé notamment sur les dossiers sollicitant des fonds publics.
La stratégie gouvernementale pour la formation professionnelle en 2025 vise donc à construire un système de formation plus agile et plus adapté aux défis du XXIe siècle. Elle repose sur une approche globale, qui prend en compte les besoins des entreprises, des travailleurs et des territoires.
2025 se profile comme étant une année d’ajustements budgétaires et techniques, même si Astrid Panyosan-Bouvet précise que « pour réussir les transitions démographiques, climatique et numérique, de nouvelles compétences sont nécessaires » ; en clair, cela passe par la formation professionnelle et la certification.
